Enseigner : le devoir de transmettre et les moyens dapprentissage
Meirieu, Philippe. Enseigner : le devoir de transmettre et les moyens d’apprentissage. [en ligne]. Septembre 2000. [document audio Real Audio. 52 minutes]. Université de tous les savoirs et Edition Odile Jacob. [diffusion sur internet assurée par le CERIMES dans la cadre du projet Canal-U]. [document consulté le 14 octobre 2005]. disponible à l’adresse http://www.tous-les-savoirs.com/index.php?op=conferenciers&f=246&a=audio
Conscient des rapports de force et des conflits d’opinion qui parasitent de plus en plus les situations d’enseignement et d’apprentissage, Philippe Meirieu, en spécialiste des pratiques éducatives et de l’histoire de la pédagogie, prouve qu’il faut s’accorder sur les finalités de la transmission des savoirs et trouver les moyens d’asseoir une référence stable, validée de façon contractuelle par tous les partis, preuve et garante de cohérence et de cohésion.
Pour être effectif, ce débat doit être la préoccupation de tout le monde, et pas seulement des acteurs pédagogiques.
Pour les missions de la scolarité obligatoire, c’est le Parlement qui doit statuer à tous les niveaux, en faisant la synthèse de tous les rapports pédagogiques, car démocratiser l’accès aux savoirs est impossible dans l’aléatoire, il faut des outils adaptés pour les enfants, et plus qu’une simple impulsion au niveau des gouvernants.
Du côté des pédagogues, c’est le propre de leur engagement que de vouloir accompagner les apprenants, pour « que chacun puisse se faire l’œuvre de lui-même » (Johann Pestalozzi). Le pari ambitieux est de donner les moyens pour trouver le chemin entre l’abandon et le dressage de l’enfant, et susciter chez lui le désir d’apprendre et de grandir.
Transmettre est un impératif. On a besoin des autres humains pour apprendre, et les adultes doivent prendre en charge les jeunes pour les accompagner dans l’intégration sociale, historique ; dans ce domaine, ce n’est pas aux enfants de choisir ! Ce rôle était autrefois dévolu aux familles (superposition de générations, imprégnation de culture humaine), mais, aujourd’hui, le tenon familial est défaillant.
Cependant, toute appropriation par l’apprenant est nécessaire. Il n’est pas envisageable de laisser les volontés du maître et celles de l’élève en opposition, dans une relation de dualité délétère. Dans la mécanique sociale, il faut dissocier le sujet de l’objet.
Si pour les philosophes, on ne peut qu’accompagner le développement de l’enfant, et pour certains (en psychosociologie par exemple), on n’apprend que ce qu’on a appris soi-même, pour d’autres, on ne peut enseigner que ce que l’on ignore, car quand on sait, on explique et on empêche l’autre d’apprendre ; il faut apprendre à se retenir, à se rétracter !
Pour l’apprenant, « c’est en forgeant qu’on devient forgeron ».
Le cœur du problème est donc de rester fidèle à son devoir de transmission tout en permettant à l’apprenant de s’approprier une démarche dont il est l’acteur - voire l’auteur - principal. Quel chemin entre ces deux exigences ?
Il faut surmonter cette contradiction par la négociation et la validation d’outils standards : on ne bricole positivement que dans le cadre d’une expérimentation contrôlée.
Il faut de plus insister sur la dimension symbolique de l’acquisition de savoirs, ce qui est très difficile auprès d’un élève qui n’est pas inscrit dans le registre de la raison, ou qui a abandonné le symbolique pour le consommable. Pour l’aider à construire son histoire, il faut que je veille à la forme que je lui transmets si je veux qu’il puisse l’inscrire en lui.
Une pédagogie active ne veut pas dire non-directive. Il faut un protocole de travail, des phases de délibération par rapport aux résultats. C’est en confrontant l’apprenant aux objets culturels qu’on en fait des sujets, et non dans une relation de sujet à sujet.
La vérité d’une parole, et c’est un des fondements de la république et de la démocratie, ne tient pas du statut de celui qui l’énonce mais de la validité de ce qui est dit par rapport au tiers médiateur qu’est l’objet d’étude.
On peut donc réguler par l’exigence de vérité.
Voici des moyens qui sont des invariants en pédagogie :
1) -->refuser la relation duelle mortifère (l’objet appartient au monde, et échappe au pouvoir d’un seul)
2) -->distinguer la tâche et l’objectif
3) -->organiser les échanges pour la progression de chacun
4) -->différencier les temps et les lieux (il est un temps et un lieu pour tout)
5) -->ritualiser le fonctionnement
6) -->multiplier les ressources
7) -->offrir des recours
Comme dans la classe mythique de Pestalozzi , jouons dans nos situations d’enseignement, de passage de culture, ce "maître qui garantit la loi et préserve l’intégrité des personnes, qui marque les limites qui permettent de ne pas se dissoudre dans un espace sans frontière, quelqu’un qui aide chacun à reconnaître dans la culture les échos et les réponses de l’humanité à ses propres interrogations".